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Jeudi 18 Janvier 2001 - " A kind of magic "


" A kind of magic ", ou la suite de nos réjouissances en terre Malienne, dans ce pays Dogon où rigueur et dureté du quotidien côtoient le surnaturel des croyances animistes. Entre splendeur et fétichisme, voici donc le deuxième volet de nos rencontres du troisième type avec dans le désordre la divination du renard, un premier ministre français en exil, une enivrante danse des masques et un petit tour dans l'ouragan de couleurs d'un marché Dogon…petits veinards !!!

" Allo, oxo, ici la terre ! " La soucoupe volante minérale est sur le point de fusionner avec la terre sacrée des Dogons …paysages lunaires qu'on atteint après de lentes progressions dans des petits canyons encaissés.

Etonnant contraste avec la verte et douce prairie des champs d'oignons (se référer à l'épisode précédent pour tout savoir sur leur histoire). Objets de tous les soins, ils sont en permanence irrigués par la communauté. On voit ici deux femmes prêtes à déverser avec soin leurs lourdes bassines d'eau puisée dans une petite mare voisine.

Bâtons de dynamite ? Championnats du monde de Mikado ? reconstitution historique du bûcher de Jeanne d'Arc ? Vous brûlez…il s'agit de la récolte de mil qu'on fait sécher sur les toits des habitations- La douce lumière de fin de journée nous gratifie d'un ciel pastel de toute beauté !

Bienvenue sur la terre battue du central de Sangha - Ici, pas de petite balle jaune ni d'eau gazeuse au benzène, mais une partie de magie permanente où l'on rend coup pour coup- On s'explique : vous êtes en présence de la divination du renard : la terre battue est découpée en quadrillages. Dans chaque case, les Dogons plantent un bâtonnet correspondant à une interrogation personnelle (retour de l'être aimé, choix importants, santé, qualité des récoltes, fécondité des femmes…) - Il ne reste plus qu'au mystérieux renard (celui qui donne son nom à la divination et pas son frère, ni un copain renard de passage !) à donner une réponse équivalant à oui ou non suivant où les traces de ses pas auront foulé la terre battue- Et le plus fort, c'est qu'on distingue effectivement des petites traces de pas soigneusement imprimées dans le sol. Epatant, la papatte !

En plein dans le mil ! Bienvenue au pays des clowns " mir couleurs ", là où les teintes des habits gardent un éclat phénoménal…le marché de Sangha. Une fois par semaine, le village est pris d'assaut par les habitants de hameaux jusqu'à 40 kilomètres à la ronde et c'est un défilé d'objets hétéroclites, comestibles ou non, vendus ou troqués contre poulets, œufs, vêtements…une joyeuse pagaille pourtant très bien organisée : chaque famille du village a son petit stand réservé dans lequel les femmes vendent leurs productions artisanales (tissages, teintures, produits de la terre) . Malgré l'effervescence incroyable qui gagne les allées où des marchandages effrénés ont cours, la sensation de sécurité est immense et tout ce commerce s'effectue dans la bonne intelligence.

Cette mère lourdement chargée a probablement effectué plus d'une dizaine de kilomètres à travers les escarpements de la falaise pour proposer son maigre butin ; avec l'argent récolté, elle achètera des biens de première nécessité destinés à faire vivre sa famille jusqu'au prochain marché et ne rentrera donc pas à vide .

Les charges disposées sur la tête peuvent être très lourdes mais semblent toujours portées avec une aisance déconcertante. Dès leur plus jeune age, ces frères et sœurs également présents sur la photo s'entraînent déjà naturellement en participant constamment aux tâches ménagères quotidiennes (ici un porter d'eau potable provenant du grand puits, à plusieurs kilomètres de chez eux).

Retour au village voisin pour ces quatre femmes qui profiteront du long chemin pour se communiquer bruyamment les derniers potins du pays - Le marché est fini et tout le monde s'en va retrouver la tranquillité familiale…en attendant la semaine prochaine.

Pincez-nous !!! Au détour d'une après-midi tranquille, nous croyons voir apparaître un fantôme dans les ruelles du petit village, là, au bout de nulle part, à trois heures de 4X4 de la première bourgade civilisée- Et pourtant, IL était bien là, notre Mimi ROCARD national (prononcez Annaheuhhh pour les intimes) et en jeans et chemise détente avec son jetable Kodak en bandouillère s'il vous plaît ! L'occasion rêvée pour JB, amoureux du "relationnel-cocktail ferrero roche d'or "s'il en est, de se le faire présenter par le chef du village (à droite) et de discourir grands gestes à l'appui sur la noblesse culturelle de l'épopée TU2000, sous l'œil amusé de mimi qui nous a chaleureusement encouragés .

En tant qu'ancien premier ministre Français, Mimi (et nous par la même occasion !) a eu le droit à une réception haute en couleurs, digne des plus grands : l'organisation de la danse des masques Dogons.
Ce ballet coloré est véritablement la vitrine virevoltante de la richesse cosmogonique transmise séculairement. Depuis une sombre légende d'épouse désaxée faisant peur à son mari avec des masques Dogons, puis à tout un village, seuls les hommes ont l'honneur de revêtir ces parures étincelantes, mélange de pagnes, plumes, miroirs, colliers de coquillages et surtout masques imposants, à la symbolique bien particulière- (ci dessus , représentation d'une vache, mais également gazelles, loups, " mère supérieure ", guérisseur, voleur ….).

Ci dessus, le masque symbolisant la gazelle en gros plan- Au début et au final, les danseurs évoluent tous ensemble en une revue inquiétante et envoûtante.

Ensuite, chaque groupe de masques entame une chorégraphie haute en symbolique. Certains effectuent ainsi des rotations rapides pour symboliser la course des planètes et le jeu de cache-cache entre le soleil et la lune .

Certains danseurs sont proches de la transe et foulent rageusement la terre légère, dégageant un imposant nuage de poussière.

Pour accompagner les cris stridents des danseurs, des énormes tambours aux sonorités caverneuses se marient à des chants traditionnels entonnés par une chorale en habits Dogons traditionnels.

Avec ces impressionnants échassiers se découpant en ombres chinoises, le spectacle visuel se déroule sur deux étages et vous plonge tout entier dans la féerie chorégraphique.

Le grand final : les masques se rassemblent en rangs serrés et après un dernier cri de guerre commun, ils partent en de grands hurlements à la chasse des femmes et des enfants qui ont déjà pris leurs distances et s'enfuient dans un mouvement de panique afin d'éviter tout contact avec ces forces mystérieuses si respectées dans l'imaginaire populaire.

Sonnez hautbois, résonnez musettes ( de vin blanc ?) - Retour sur notre inoubliable cérémonie de la messe de Noel, avec pour théâtre cette église de poche, nichée au pied de la falaise d'Irelli. Ne vous fiez pas à l'apparence de calme plat et de désert environnant. Dans quelques minutes, une foule survoltée de fidèles en liesse va danser et chanter sa foi à qui mieux-mieux, dans une tornade de spontanéité et de jeunesse (moyenne d'âge de 25 ans) qui vous redonne tout d'un coup envie de rouvrir un missel sans vous endormir dans un formol de conformisme et d'apathie générale. Le diacre qui va présider la célébration est un copain chez qui on a bu un coup deux heures auparavant. Ca rapproche ! Voilà bientôt 24 heures que la fête de noel a débuté et les fidèles ne comptent pas s'arrêter là.

Une vierge à l'enfant couleur locale. Et n'allez surtout pas leur dire que Jésus était blanc, on vous rirait au nez !

Après une heure trente de messe en Bambara ( le dialecte local), les fidèles laissent éclater leur joie fraternelle sur le parvis de l'église. La chorale de l'église composée de plusieurs percussions de tailles différentes accompagne les cris et les danses. Beaucoup portent des habits faits dans le même tissu, imprimé d'images pieuses et de paroles bibliques.

A la fin de la célébration, le diacre a tenu à nous remercier publiquement de notre présence et nous a souhaité chaleureusement la bienvenue dans la communauté. Aussi, dès la sortie de l'église, nous étions l'objet de toutes les attentions de la part des nombreux adultes et enfants venus à notre rencontre.

Dans l'église, les femmes et les enfants (souvent indissociables comme le montre la photo!)sont séparés des hommes . L'ambiance est détendue : allaitement des nourrissons, danses des plus jeunes…

Pour l'occasion, les femmes se sont ornées de leurs robes les plus joyeuses, ont arboré les bijoux et les coiffes qui symbolisent leur famille et le rang dévolu. Nec plus ultra de la coquetterie : les tongs roses du dimanche ! Cette femme est en train de dévoiler son offrande à la collectivité : de la bière de mil maison qui aidera les convives à prolonger la fête jusqu'au petit matin dans l'ivresse de l'avènement du divin enfant.

La bière de mil est une boisson faiblement alcoolisée obtenue en faisant légèrement fermenter le mil. On la boit tous les jours, souvent servie dans une calebasse en guise de chopine, n'en déplaise aux germaniques. On n'est pas à l'oktoberfest, mille baobabs!

Autre démonstration de joie : les coups de fusils tirés constamment et dont la déflagration sourde va rouler en s'amplifiant le long des immenses falaises. Il faut dire que la religion catholique est largement minoritaire dans une région fortement islamisée et que c'est une des rares occasions de l'année pour les chrétiens d'effectuer une démonstration de puissance.

Et par la magie des airs, Sébastien eut même droit à son colis de noel qu'il ouvre ci dessus avec des yeux émerveillés de grand enfant au pied du sapin ! A l'intérieur, des douceurs qui fleurent bon le pays et qui équivalent à des trésors de guerre : marrons glacés, crème de marrons en tube et fin du fin…de l'eau d'Evian pour une petite gorgée alpine, sans l'horrible odeur chlorée des pastilles de Micropur utilisées quotidiennement pour purifier nos boissons.

Méditation extrême pour Sébastien qui utilise comme aide les couchers de soleil d'une rare intensité. Rêve d'homme libre ?

Retour sur l'art Dogon, présent à chaque détour de ruelle. Ici, contre les soubassements d'une toguna (la case à palabres ), une immense fresque reprend la symbolique de la danse des masques et d'animaux familiers du pays.

Autre merveille mondialement reconnue (hélas, mille fois hélas pour les Dogons la bradant à des antiquaires américains qui pillent le patrimoine sans vergogne et s'enrichissent honteusement), le travail du bois et plus particulièrement la sculpture des portes. Là encore, la cosmogonie Dogon est bien sûr omniprésente, avec en haut au centre la représentation de masques avec de part et d'autre un homme et une femme, le couple originel. En bas au dessous de la représentation de tortues et poissons (au centre à gauche) , de la fécondité mammaire et d'un guerrier à cheval (au centre à droite), sont disposés les huit ancêtres primordiaux (quatre couples) de part et d'autre du grand sage au centre, le grand Hogon.
Et c'est sur cette porte et sa symbolique que nous refermons la page sur le monde des Dogons, un peuple qu'on peut facilement appréhender grâce à la compétence du bureau des guides de Sangha, une association qui milite pour former des jeunes Dogons à cet exigeant métier et qui assure des tarifs fixes et raisonnables. Vous les trouvez tout de suite en arrivant au village.Evitez surtout de vous laisser tenter par la centaine de guides vous harcelant aux abords du pays Dogon. Ce sont souvent des incompétents, absolument pas Dogons, qui ne connaissent rien aux rites, risqueraient de commettre des impairs en pénétrant dans des parties sacrées du village (une seule solution pour s'en sortir : payer un troupeau de moutons en offrande au chef du village !) et n'ont donc pas le droit d'exercer dans les parties les plus intéressantes du pays .
Dans le meilleur des cas ils sous loueront un guide local, dans le pire des cas ils vous abandonneront au bord du chemin sans assistance ! Méfiance, méfiance donc !

Après quelques jours d'attente au milieu de nulle part pour trouver un 4X4 en direction du Burkina, un bus qui n'est jamais venu et une désertification totale du trafic pour cause de fêtes de fin du ramadan, nous embarquons enfin dans une bétaillère providentielle tellement en fin de règne que le lion sochalien en est tout renversé sur l'ersatz de calandre ! Cette photo a été prise lors d'une des nombreuses haltes pour panne technique ( notez à l'avant gauche la flaque dans le sable due au radiateur percé !) Nous serons entassés à 18 personnes, pour 400 kilomètres de piste défoncée et de brusques coups de volants. Sébastien semblait plus que perplexe sur nos chances d'arriver à destination !

A l'intérieur, la poussière rougeâtre qui se dégage de la piste oblige les non habitués à recourir à des techniques dignes des poilus de 14-18 pour continuer à respirer normalement, sous le regard amusé des locaux.

le cadeau BONUX du jour : une photo énigmatique de la danse des masques du pays DOGON : libre cours à vos neurones en fusion pour s'étonner, se questionner devant ce ballet bleuté de formes mystérieuses. On espère que ce petit tour au Mali donnera envie à certains de prendre l'avion pour Mopti ou Bamako et de venir vérifier tout cela ! ( on ne vous garantit pas de croiser Michel ROCARD !)
Rendez-vous très bientôt dans la joyeuse ambiance du Burkina Faso, pour un spécial Artistes à la rencontre des talents du Centre National d'Artisanat d'Arts de Ouagadougou pour tout savoir sur la confection des Batiks et la fabrication des djembés. Et d'ici là, skiez pour nous, nom d'une Cavagnoud !

SEB et JB -TU2000(1 !)


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