Dimanche 29 Janvier
2001
" Le Burkina nous tend ses bras "
Bien
le bonjour à tous les passionnés de musique, d’art et d’Afrique à
qui nous dédions ce dernier reportage avant de mettre le cap plus à
l’ouest. Nous vous convions en effet à la visite d’un des endroits les
plus passionnants de Ouagadougou, la capitale Burkinabée. Véritable
caverne d’Ali Baba recelant mille trésors, le Centre National d’Artisanat
d’Art (ou CNAA) fourmille de talentueux artistes qui s’expriment sur
des supports très variés: le bois, le métal, le cuir, le coton…. Le
centre accueille en son sein plus d’une centaine de «CNAAteurs»
( heureusement bien plus inspirés que leurs homonymes français !),
ce qui fait du CNAA un fascinant creuset où se mélangent savoir-faire
traditionnel et expérimentations artistiques en tous genres. Nous allons
donc tenter de vous initier à la fabrication des djembés, la réalisation
de toiles de batiks, de sculptures sur plomb, avant de partir à la rencontre
d’une sympathique ambiance familiale
du côté de Bobo Dioulasso. En avant la musique !

Nous
voici dans le cœur du CNAA, à l’atelier des djembés et balafons, qui
rythment le travail des artistes du centre.
Dramane
travaille ici tous les jours en compagnie de son petit frère. Il est
issu d’une famille de griots, la caste des conteurs et des musiciens.
Dès l’âge de 4 ans, son père lui a enseigné l’art du djembé et lui a
dévoilé les secrets de sa fabrication .
Agé
de 19 ans, Dramane est aujourd’hui devenu, tout comme son père, un musicien
émérite et vit de la fabrication des instruments de musique.

Ce
fût de djembé a été taillé dans du « bois de balafon » (ou
Caïlcédrat pour les érudits d’ébénisterie) qui est un bois très lourd
et solide, qualités essentielles pour réaliser un instrument de bonne
facture.
Ensuite,
c’est une affaire de nœuds qu’il faut réaliser avec la plus grande minutie
afin d’assurer la solidité du cordage.
Dramane,
au sourire de play-boy hollywoodien, fait des pieds et des mains pour
nous impressionner ! Les cordes s’entrecroisent et s’enlacent avec
une précision à faire pâlir plus d’un marin d’eau douce !

Le
djembé prend doucement forme sous nos yeux. Les deux cercles métalliques
servant à tendre la peau sont maintenant entièrement recouverts de nœuds.
Il
faut ensuite passer la corde dans chaque nœud pour solidariser les cercles
du haut et du bas.

Prenant
le mors aux dents, Seb s’investit de toutes ses quenottes dans la construction
de ce Djembé qui sera le sien .

L’étape
suivante consiste à tendre une peau de chèvre (mouillée afin de l’assouplir)
autour d’un cercle métallique.

La
peau ainsi apprêtée est ensuite coincée entre le fût en bois et le cercle
métallique supérieur. …

Afin
d’obtenir une tension de peau optimale, Dramane s’aide d’un bâton –
Tournicotti, tournicotta !

Il
ne reste plus enfin qu’a découper soigneusement au rasoir l’excédent
de peau en demandant indulgence auprès de Brigitte Bardot .

Pan-Pan…La
magie vibratoire est enfin prête à opérer sous les doigts experts d’un
canonnier professionnel.

A
la rencontre d’un autre artiste de renommée internationale : le
toujours souriant Omar KABORE, pionnier du Batik moderne . Tout commence
par un coup de crayon en papier sur une toile de coton blanc qu’Omar
a minutieusement choisie pour ses qualités de résistance à l’usure.

Ensuite,
l’artiste fait chauffer de la cire jusqu’à la rendre liquide puis l’applique
avec une toute petite louche sur les traits de crayon afin de les imperméabiliser
pour les futurs bains de teintures.

Les
moyens mis à la disposition des artistes sont rudimentaires, ce qui
augmente davantage leur performance et leur mérite : ici en gros
plan, le petit brasero composé de quelques charbons et d’une vieille
boite de conserves servant à la liquéfaction de la cire.

Omar
a déjà plongé son tableau dans un bain de teinture bleue. Il va maintenant
renouveler son application de cire pour préserver intacte le bleu déjà
obtenu avant de replonger sa toile dans d’autres bains de teintures.

Tout
en nuances grâce à son pinceau à poils souples, Omar peaufine les retouches.

Après
quelques heures de séchage de la toile, c’est un petit coup de fer à
vapeur magique qui finira d’ôter les derniers plis rebelles en même
temps que les dernières hésitations à l’acheteur tatillon. Du grand
art, qu’Omar aime également transmettre à ses disciples, élèves au CNAA,
qui attendront eux aussi que « le maître » leur rende leur
liberté, c’est à dire qu’il estime que leur maîtrise de l’art du Batik
est suffisamment forte pour qu’ils travaillent seuls.

Un
autre personnage aux talents fous et à la personnalité si attachante :
le sculpteur sur bronze Ousmane DERME. Au début de chaque œuvre, il
y a tout d’abord la sculpture d’un modèle en cire, à la seule aide d’un
petit couteau de cuisine.
Ensuite,
Ousmane badigeonne sa sculpture d’un mélange d’argile et de crottin
d’âne, qui se solidifie en se refroidissant . Il creuse un petit trou
et fait chauffer le tout à une température bien précise permettant à
la cire de fondre et de s’écouler pour laisser place à un moule qui
sera rempli par du bronze fondu ou des métaux de récupération.
La
dernière étape consistera à briser à son tour le moule d’argile et de
crottin…pour laisser apparaître la forme magique et on recommence l’opération
à chaque sculpture, le moule étant bien sûr destiné à un usage unique !

Le
résultat est à la hauteur du travail fourni… splendide.

Le
travail de sculptures filiformes permet à l’artiste de nous offrir des
silhouettes élancées, bien représentatives de l’art africain et entremêlées
en de splendides étreintes.

Les
statues peuvent également se révéler mystiques et troublantes tout en
s’inspirant des scènes de vie quotidienne.
Pour
contacter ces artistes ( Omar KABORE et Yolande OUEDRAOGO pour les batiks,
Ousmane DERME pour la sculpture et Dramane KONE pour les djembés et
balafons), que ce soit pour organiser des expositions ou concerts en
France (pour les percussions), passer les rencontrer à Ouagadougou ou
acquérir leurs œuvres, vous pouvez leur écrire au CNAA, 01 BP 544-Ouagadougou
01-Burkina Faso Tél : 306835.

Ce
sourire bienveillant, c’est celui de Laurent, notre ami et guide exceptionnel
sur toute la durée de notre séjour au Burkina. Il faut dire que c’est
un pays qui tient tellement Laurent à cœur qu’il va même dès ce printemps
épouser Pélagie, une charmante burkinabée. Laurent nous a ainsi non
seulement permis de visiter les incontournables du pays mais bien plus
encore, à travers son expérience si forte de métissage culturel, de
rencontrer nombre d’habitants devenus ses amis. Nous avons ainsi eu
la chance de pouvoir découvrir la vie attachante et encore très rudimentaire
d’un petit village de brousse situé au nord du pays. Laurent y a monté
un projet ambitieux de construction d’une école car l’avenir des enfants
du village passe avant tout par leur accès à l’éducation, devenue une
priorité nationale.
On
n’oubliera pas de si tôt son accueil !

Nous
voici en compagnie de Pélagie (en bleu), de sa mère (à droite) et de
deux de ses sœurs (Elle en a sept !) sans oublier Didel, leur adorable
chienne. La gentillesse de l’accueil de la famille OUEDRAOGO nous a
permis d’apprécier pleinement la ville de Bobo Dioulasso, capitale économique
du sud est du pays. Le nom de la ville signifie « la maison (so)
des bobo et des dioula ».Explication : après des années de
guerre clanique, ces deux ethnies, les Bobo et les Dioula, ont décidé
de se regrouper en signe d’amitié dans une ville commune. Jolie histoire
de réconciliation à méditer par bon nombre de peuples en guerre.

Et
voici Lucien, le chef de toute cette grande famille. Par sa gentillesse
et ses attentions, Lucien nous a permis de passer un réveillon du nouvel
an en famille, comme à la maison !

Un
petit coin de paradis, mélange d’eau et de verdure dans lequel il fait
bon s’accrocher à une liane avant de plonger à pic. L’endroit s’appelle
« la guinguette » et se trouve à quelques dizaines de kilomètres
de Bobo Dioulasso. Ce paysage est une bonne illustration du contraste
climatique qui caractérise le Burkina. A quelques centaines de kilomètres
plus au nord, la sécheresse et les dunes de sable font planer le spectre
de la famine.

Et
pour finir, voici une petite tranche de notre quotidien : la nuit
sous moustiquaire ou comment se transformer en papillon attrapé dans
un gros filet !
De
l’Afrique que nous quittons à présent nous garderons tant d’images,
de sons, de sourires et d’émotions qui nous chuchotent déjà tout bas… « Revenez
vite ! »
Rendez-vous
donc dans la verdure du brésil (prononcez brajjjéoooolll) pour la suite,
nous on court dans l’avion manger notre premier morceau de fromage depuis
si longtemps !
Seb
et JB- TU2000-

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