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Bolivie- Lundi 19 Mars 2001
 « Tout scuss à 5500 mètres! »


Pour ce reportage qui va sans nul doute atteindre des sommets (à vous de juger lesquels !), nous vous convions à préparer le planter du bâton pour une séance de ski un peu particulière, sur la piste la plus haute du monde perchée sur les hauteurs du Chacaltaya.

Puis, pour nous remettre de nos émotions, nous aurons bien mérité ensemble un bon verre d’histoire réchauffée et plus exactement la découverte des vestiges du mystérieux empire de Tiwanaku.

Mais pour l’heure, sortez les moufles en poils de lamas, les cache nez et l’écran solaire indice 50 pour la godille la plus zigzagante de votre vie, effets de l’altitude oblige !


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JB lancé dans une descente vertigineuse avec comme théâtre un panorama et une altitude à vous couper le souffle.


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Notre camp de base pour l’expédition du Mont Chacaltaya n’a rien d’un petit village de tentes : il s’agit tout bonnement de La Paz, la capitale du pays, avec ses 1,2 millions d’habitants !

La ville se compose grossièrement en deux parties distinctes qui forment la nuit tombée une merveilleuse arène lumineuse : le centre ville culturel et économique qu’on reconnaît aux uniques gratte ciels du pays ( au centre sur la photo) se trouve blotti dans une immense cuvette tapissée de petites habitations de brique rose.

Au dessus se trouve El Alto, un immense plateau posé à plus de 4000 mètres et s’étirant jusqu’au lac Titicaca. C’est le quartier populaire de la ville dans lequel viennent se masser les paysans fuyant la misère des montagnes.


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Pour atteindre le refuge du Chacaltaya qui se trouve à plus de 5 300 m d’altitude, il nous faut tout d’abord emprunter avec un mini-bus une route escarpée à la « carossabilité douteuse » qui  serpente sur le flanc de la montagne, nous offrant un point de vue unique sur les petits lacs qui foisonnent en aval.

Saupoudrez le tout d’un peu de sucre glace fraîchement déposé par dame nature, laissez quelque peu réchauffer au bain solaire pendant quelques minutes…c’est prêt, vous pouvez servir le panorama aux mirettes affamées de vos convives de voyage pour une dégustation gourmande jusqu’à la prochaine nappe de brouillard !


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Stoppés net par la neige fraîche tombée la veille rendant notre progression plus qu’hasardeuse, nous fûmes contraints d’abandonner notre valeureux véhicule collectif  pour poursuivre notre ascension à la seule force de nos petites gambettes.

A quelques centaines de mètres du refuge (que l’on aperçoit  en haut à droite de la photo), nous prenons en compagnie de Julien (un ami étudiant en géographie rencontré à La Paz ) une pause bien méritée : à plus de 5 000 mètres d’altitude, l’oxygène commence à se raréfier. Chaque effort devient alors beaucoup plus difficile à accomplir et Seb …bien plus lourd à soutenir qu’à l’accoutumée !


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Arrivés au refuge, le comité d’accueil à la couleur si locale nous invite en ombres chinoises à montrer patte blanche (facile, nos chaussures sont crépies de fraîche poudreuse !) . Derrière ce docile lama se trouve…la remontée mécanique la plus folklorique du monde, suspendue dans le vide sans fin par un bout de « rocher Suchards ».

Dans la petite bicoque rouge et blanche est en effet supposé vrombir un vieux moteur diesel entraînant le câble qui s’enfuit dans les nuages, sur la gauche.

Cette unique remontée mécanique étant ensevelie sous un bon mètre de neige (heureusement pour nous vu l’engin de torture tenant plus d’un antique robot broyeur que d’un remonte-pentes conventionnel ! ), nous prîmes nos skis et surfs ainsi que notre courage à deux moufles pour nous hisser au sommet des 5500 mètres d’une des pistes les plus mythique de la planète.


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Equipés pour cette mémorable occasion d’un matériel obsolète datant de l’ère préhistorique de la glisse (du temps où les années de pratique se comptaient en nombre de jambes dans le plâtre !), nous émergeons tous sourires sur l’arête sommitale, tellement heureux d’accomplir un éternel rêve d’enfant, celui de caresser de nos spatules funambules cette verticalité veloutée, en plein été bolivien s’il vous plaît.

Quelques instants plus tard, nous nous élancerons pour le grand envol dans la combe vierge à la blancheur de colombe en nous laissant griser par ces précieuses minutes de plénitude et de liberté égoïste partagées uniquement avec quelques lamas à la curiosité éveillée par nos glapissements de bonheur.


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Après une remontée dans un brouillard à couper au couteau (qui, comme d’habitude en haute montagne, s’est levé en moins de trois minutes), le comité d’accueil local (encore lui !) gratifie JB de quelques grognements histoire de saluer l’exploit. Y’a pas à dire, le ski sous ces latitudes tourne rapidement à l’exotisme et c’est un réel bonheur de troquer l’espace d’une descente la sempiternelle cohorte de parisiens zigzaguant héroïquement contre un duo de lamas placides (quoique parfois, le lama lui aussi vous crache à la figure !).

 TIWANAKU, LA CIVILISATION PERDUE


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De retour sur la prairie verdoyante de l’Altiplano, nous avons voulu en savoir plus sur les imposantes ruines de la ville de Tiwanaku, à une soixantaine de kilomètres au nord de La Paz. Outre des vestiges encore bien présents et expressifs, le site renferme surtout le secret de la fabuleuse expansion de l’empire de TIWANAKU ainsi que de sa brutale disparition, aussi mystérieuse que le dernier grand looping d’ANTOINE DE SAINT EXUPERY.

Explications :

Au cours d’une période de presque 3000 ans ( 1600 AV JC-1200 de notre ère ), la culture du peuple Tiwanaku va se développer autour de son berceau originel : le lac Titicaca. Sa zone d’influence s’étendra finalement grosso modo à l’apogée de sa période impériale sur les limites futures de l’empire inca ( du Pérou jusqu’en Argentine ).

Pourquoi une telle réussite ? Tout simplement parce que cette civilisation était profondément en phase avec son milieu naturel, à savoir l’eau du lac Titicaca et les hautes montagnes de la cordillère des Andes et qu’elle en a tiré le meilleur parti grâce à son ingéniosité.

L’agriculture, l’astronomie, les mathématiques et l’ingénierie étaient des sciences maîtrisées et utilisées pour le bien de la collectivité. Par exemple, la construction d’ingénieux canaux d’irrigation appelés « suka kollos » a permis de fertiliser les terres de l’altiplano et ainsi, sans aucun adjuvant chimique, multiplier par 20 les récoltes.

En outre, l’empire de Tiwanaku a été le premier au monde à cultiver la tubercule de « papa », autrement dit plus communément notre bonne vieille pomme de terre qui sera importée quelques siècles plus tard par le français Parmentier, contribuant ainsi à solutionner grandement les graves épidémies européennes de famine.

Après vous avoir mis en appétit avec ces petites tranches d’histoires, passons aux hors d’œuvres à savoir la visite à proprement parler des ruines.

La statue sur la photo ci-dessus ne représente pas, contrairement aux apparences trompeuses, un hommage à notre « big »Léon Zitrone national et ses montures de lunettes en forme d’écran 16/9 ème à qui on aurait légèrement « Tysonisé » le nez tel un dieu du ring, mais plus sobrement un monolithe bicolore dont les archéologues se disputent la symbolique. Faites comme nous, laissez délirer votre imagination !


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Voici probablement un gros plan de la ruine la plus célèbre de Bolivie : la porte du soleil; située sur le temple de Kalasasaya. Cette frise représente en son centre le dieu Wiracocha tenant entre ses mains les deux sceptres qui le caractérisent. Une grande polémique, là encore, embue la symbolique de son visage larmoyant.

Certains avancent l’hypothèse que les Incas et les Tiwanacotas étaient des gens foncièrement tristes, d’autres soulignent avec malice cette anticipation historique sur les malheurs que les conquistadores allaient faire subir à la région quelques temps plus tard .

Autour de Wiracocha, une cinquantaine de personnages parmi lesquels 32 hommes soleils et 16 hommes condors laissent à penser que la frise représente également un calendrier astronomique, avec ses 52 semaines de l’année.

Là encore, certains délires d’historiens en manque de best-seller ont conclu dans les années 70 avec un sérieux non exempt d’ humour à la probable origine extraterrestre de cette ribambelle de bonshommes. La vérité est ailleurs, comme disait l’autre série TV à vendre de la chair de poule au kilo!


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Au beau milieu du temple de Kalasasaya, on tombe nez à nez avec ce monolithe dit de « Ponse », car découvert par son illustre homonyme . Celui-ci représente un prêtre en grande tenue rituelle .


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Non, non, vous n’êtes pas en face d’un auditoire assistant impassible à un cours magistral de droit des plus austères !

Il ne s’agit pas du tout de cela mais plutôt d’une photo de travers mettant en perspective divers profils taillés dans la pierre. Ces visages immuables ont, pour la plupart, bien résisté à l’outrage du temps et se jettent des regards chargés d’histoire d’un bout à l’autre de cette arène rectangulaire. Les murs y sont entièrement recouverts de ces têtes dures et ocres, mémoires quasi-vivantes de l’humanité figées pour l’éternité …


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Gros plan sur l’une des effrayantes sculptures de têtes ornant les épaisses parois du temple souterrain. Comme ses autres comparses censées représenter des hommes de toutes les races, elle symbolise les victoires guerrières remportées sur les peuples étrangers, histoire de se rappeler qu’une extension d’empire se fait rarement sans verser de sang .


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JB trône en monarque gesticulant du haut de son palais d’Akapana . Cette construction réalisée grâce aux pierres taillées dans de l’andésite (la lave andine) faisait jadis partie d’une imposante pyramide à sept niveaux de hauteur.

Au sommet de la colline sur laquelle s’élevait l’édifice se trouve un lac minuscule qui  servait autrefois de télescope naturel aux astronomes tiwanakotas.

En effet, la pyramide ouverte en son centre permettait l’observation précise des étoiles et des constellations par réflexion dans l’eau du lac.

Si elle a perdu beaucoup de sa superbe d’antan, elle le doit avant tout à la folie destructrice d’un chercheur d’or espagnol nommé Ollaydeburo qui creusa la construction sans relâche, certain de déterrer un fabuleux trésor. Au bout du compte, ses poches étaient toujours aussi vides et le superbe monument par terre !!!

Pour couronner le tout, les conquistadores utilisèrent les pierres sacrées de la pyramide pour y construire un peu plus loin une église en l’honneur de leur dieu chrétien.


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« Le soleil a rendez-vous avec la lune… » Les croyances de la civilisation Tiwanaku, tout comme celles de leurs successeurs les Incas, sont avant tout basées sur le culte des deux principaux astres acolytes de notre chère planète bleue.

Nuit et jour, la lune et le soleil se relayent pour veiller sur les hommes et leur apporter la lumière. La porte, symbole de bienvenue, est ainsi dédiée à la déesse noctambule.

La lune daignerait-elle passer par la porte pour qu’on la décrochât ?

Comme une porte constamment ouverte sur le ciel et son éternité, ce cliché semble nous poser naturellement une question cruciale : comment un tel empire a-t-il pu ainsi disparaître à tout jamais, si rapidement, ne laissant à la postérité, outre quelques ruines, un escalier vers les nuages, un entrebaillement vers l’infini ?

Là encore, faute de survivants loquaces, on n’a à se mettre sous la dents que deux hypothèses majeures :

1° -L’empire a été totalement anéanti par la croisade d’un peuple ennemi se transformant en génocide.

2°-Un très important changement climatique survenu vers la fin du 11ème siècle a fait se retirer considérablement les eaux du lac Titicaca, entraînant du même coup la perte de la principale richesse de l’empire qui était source de toute vie: la maîtrise de l’irrigation des terres.

Ce cavalier capé sur son cheval cabré n’est autre que Simon BOLIVAR, plus connu sous le nom de « El libertador » , qui fut l’artisan de l’unification bolivienne.

La Bolivie tire d’ailleurs son nom de cet illustre personnage qui naquit en 1783, quelques années avec la révolution française. Cette coïncidence influencera sans doute cet homme d’origine colombienne, puisqu’à partir du début du XIX ème siècle il collaborera largement aux sanglantes luttes d’indépendance menées contre le joug espagnol, libérant bataille après bataille le Venezuela, l’Equateur et la Colombie.

Vers 1823, l’essentiel de l’ancien empire d’Amérique du Sud est tombé et deux années plus tard naissait la république de BOLIVAR (la Bolivie ) qui était alors encore immensément riche.

Cet homme qui caressait l’utopie d’une Amérique du Sud unie termina son existence dans la plus profonde désillusion, pauvre et abandonné de tous … étrange parallèle avec le  pays qui porte son nom et qui après avoir brillé comme les précieux métaux de son opulente montagne du « Cerro Rico » est aujourd’hui devenu un des Etats les plus pauvres d’Amérique latine.

Gageons qu’à l’image de Simon, magnifique conquérant sur sa monture, le pays saura prendre en main les rênes du changement !

Voilà, on espère de tout cœur que vous aurez savouré avec nous ce feu d’artifice bolivien qui nous a entraînés dans des paysages, des ambiances festives et des altitudes à nous couper le souffle! Mais rassurez-vous, la suite des réjouissances s’annonce elle aussi exceptionnelle avec dès notre prochain envoi la lente descente vers la terre de feu chilienne, à la découverte des volcans enneigés de la région des lacs, de la pittoresque île de Chiloé après une petite escale dans le mythique port de Valparaiso.

Alors à vos atlas et « Hasta la proxima ! » (à la prochaine en espagnol !)

Seb et JB- TU2000-


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