Chili-
Mercredi 11Avril 2001
« Le carambar aux milles saveurs »
Pourquoi donc ce titre savoureux
enclin à faire dresser les cheveux sur la tête d'un diabétique ? Il
suffit d'ouvrir un atlas pour discerner d'un seul coup d'œil la curieuse
ressemblance entre le mythique caramel, ami préféré des dentistes, et
ce pays étirant lascivement ses 4000 kilomètres de côte pacifique le
long d'une mince bandelette de terre ferme. Et quelle terre ferme, mes
amis ! Entre le désert de l'Acatama au nord (le plus aride du monde-il
y pleut tous les 20 ans !), la cordillère des Andes coiffée de ses neiges
éternelles au centre et la terre de feu patagonienne battue par les
vents et les pluies au sud, il y en a pour tous les goûts ! Saupoudrez
le tout de volcans qui viennent déverser leur lave dans des lacs couleur
émeraude, remuez régulièrement (le Chili est en effet le pays enregistrant
la plus forte activité sismique mondiale, de quoi déprimer l'amicale
nationale des châteaux de cartes !) et vous obtenez un pays de toute
beauté qui ne laisse personne indifférent. Et comme en prime les habitants
sont paisibles et charmants, il fallait juste attendre le départ de
la junte militaire gouvernée par le tyrannique Augusto PINOCHET pour
redécouvrir sa douceur de vivre. Voici donc l'entame de notre lente
descente vers la terre de feu en commençant tout d'abord par le centre
économique et névralgique du pays : la région de Santiago, sa capitale,
après avoir jeté les amarres à quelques encablures de là à Valparaiso,
port mythique chanté par tous les marins du monde au fond des tavernes.
Au menu du jour également une expédition sur les flancs du volcan Osorno
dans la région des 7 lacs avec une petite partie de pêche sur le Lago
de Todos Los Santos et une dégustation de truite fraîche . A table !

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Non, nous n'avons pas inséré par
mégarde une photo du mois de novembre présentant une dune mauritanienne
! Ce cliché a été capturé à l'occasion d'un mémorable coucher de soleil
sur les hauteurs de Vina Del Mar, la station balnéaire la plus réputée
du Chili. Située à environ 120 kilomètres au nord de Santiago, sa position
géographique privilégiée en fait un lieu de villégiature facilement
accessible,malheureusement pour la nature et le littoral largement bétonnés
à coup d'odieux buildings.

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La baie de Valparaiso
vue depuis les collines encerclant le port. Les amoureux du " fameux
trois mats fin comme un oiseau…hisséooohhh " en seront pour leurs frais
(à défaut de leur Aufray !). Point de grands focs et de gréements à
l'horizon mais plutôt d'imposants cuirassés de l'armada de guerre chilienne,
des superpétroliers faisant le pied de grue au bout du pipe-line et
des cargos qui transbordent continuellement leurs containers jusqu'à
transformer les docks en véritable Légoland. Depuis l'ouverture du canal
de Panama au début du 20ème siècle, la cité chère à Pablo NERUDA et
à ses états d'âmes vit dans le souvenir du bon vieux temps, celui où
les Cap-Horniers s'en allaient fièrement chasser la baleine jusque dans
les cinquantièmes hurlants et y croisaient les navires européens et
américains qui avaient su échapper au naufrage. Pour ces aventuriers
burinés par l'écume et le vent, la ville était le lieu de toutes les
ivresses et de tous les plaisirs…après celui d'être encore en vie !
Aujourd'hui, la ville retient avec fierté le parlement Chilien qui siège
en ses murs et parie sur la dynamique du libéralisme économique doublée
de développements de zones franches pour pouvoir retrouver de sa superbe.

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Une des curiosités de
Valparaiso : ses innombrables funiculaires partant à la conquête des
pentes abruptes du port. Les plus anciens encore en service actuellement
datent d'une centaine d'années. Une bonne occasion de découvrir les
hauts de la ville, nettement moins pollués, et sur lesquels se perchent
de charmantes petites maisons colorées…sans se fatiguer !

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Passage obligé à Santiago,
qui comme toute capitale qui se respecte fait office de carrefour terrestre
et aérien incontournable. Depuis la " Plaça de Armas " nommée ainsi
en souvenir des exercices militaires de l'armée Chilienne (il y a d'ailleurs
une place des armes dans presque toutes les villes !), on embrasse du
regard l'étonnant contraste entre la cathédrale et les nouvelles constructions
lumineuses du centre qui, contrairement à beaucoup d'autres villes,
ne se portent pas mutuellement un préjudice esthétique flagrant. C'est
véritablement l'hypercentre de la cité, l'endroit dans lequel se côtoient
touristes bedonnants et photo-appareillés, danseurs, saltimbanques,
hommes d'affaires pressés sans oublier les amoureux en goguette éparpillés
le long des bancs. Pour la petite histoire chère aux aficionados d'Alain
Decaux, c'est le conquistadore espagnol Pedro de Valdivia qui fonda
en 1541 la ville de Santiago à cet endroit même.

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Mékaissequecéqueca ?
Voici une statue des plus originales ornant la fameuse plaça de Armas
de Santiago. Ce monument dédié aux peuples indigènes est laissé à la
libre interprétation des passants qui se prêtent en l'observant à un
exercice assez amusant : afin de cerner toutes les subtilités de cette
oeuvre d'art atypique, ils n'hésitent pas à se contorsionner dans tous
les sens, à en faire le tour, à prendre du recul et finalement à l'immortaliser
en photo dans l'espoir de pouvoir un jour enfin en percer le secret
! Vous aussi chers lecteurs, laissez libre cours à votre imagination
débordante, en prenant toutefois garde de ne pas risquer de torticolis
(à force d'observer cette photo de travers !) et envoyez-nous vos propres
interprétations par E-mail !

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Ce sourire de crooner
au grand coeur que souligne une paire de lunettes teintées à la taille
démesurée digne des grandes heures de Starsky et Huch, n'est autre que
celui de notre ami Felipe qui nous a accueillis à Santiago durant une
semaine dans sa charmante famille. Nous avions fait sa lumineuse rencontre
sur l'île du Soleil, en Bolivie, alors qu'il découvrait tout comme nous
la magie qui se dégage des eaux du lac Titicaca. Dès lors, ce guide
de premier choix nous a non seulement permis de découvrir la vie de
famille chilienne, mais également de ne pas manquer les nombreuses animations
culturelles. Felipe étudie la publicité dans une des nombreuses universités
privées que compte la ville.

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Place maintenant au
retour au galop du naturel et de paysages d'une beauté effarante après
cette petite incartade urbaine. Nous voici dans la région des 7 lacs,
qui comme les 3 mousquetaires étaient 4, sont en fait 8 ! Au programme,
donc, les eaux émeraudes du " lago de todos los santos " ( nommé tous
les saints car découvert par les jésuites un premier novembre, jour
de la toussaint) et de son parc naturel Vicente Pérez Rosales, dans
lequel trône le magnifique volcan Osorno. Imaginez un peu les coulées
de lave grise solidifiées il y a seulement 40 ans descendant de ses
flancs et plongeant dans les flots, au milieu de la végétation luxuriante
! Ce cliché a été pris lors de notre lente ascension sur le monstre
qui ressemble à s'y méprendre à un immense capuchon de stylo Mt Blanc
!

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Après quelques heures
de marche sur les pieds du volcan Osorno, s'offre à nos yeux ébahis
un somptueux panorama : derrière la lave durcie, lentement reconquise
et domptée par la forêt, s'étendent les eaux limpides du lac. Au loin,
on peut apercevoir l'île Marguarita flottant fièrement au coeur de cet
écrin montagneux. Derrière l'imposante muraille rocheuse se trouve la
frontière argentine et la station de ski en vogue de Bariloche.

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Sur le lac lui même,
c'est le paradis du pêcheur de saumon ou de truite. Nous avons donc
accompagné l'un d'eux, Alex Kuschel (conduisant son bateau sur la photo),
pour un petit tour de pêche de toute beauté. Son nom est d'origine allemande
comme à peu près une bonne moitié des habitants de la région, expatriés
depuis quelques générations. Le bon côté de ce surprenant dépaysement
qui vous fait tomber nez à nez avec des colosses blonds aux yeux bleus,
c'est qu'on peut donc trouver sans problèmes de l'apfelstrudel ou de
la schlagsahne au dessert !!!

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Voici la demeure de
notre ami pêcheur qui abrite également sa femme et ses deux enfants
en bas âge. Cette petite maison au toit pointu suffit à peine à tous
les contenir et pourtant, derrière ces quelques planches sommairement
clouées entre elles, s'entasse pèle mêle toute la panoplie d'appareils
électroménagers dernier cri: congélateur, machine à laver, sèche-linge
et bien-sûr l'incontournable télé, donnant à cet intérieur de lilliputien
un caractère insolite.

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Le soir, nous nous retrouvions
en compagnie d'Alex et toute sa famille dans l'unique pièce minuscule
occupée pour moitié par le fourneau à bois sur lequel grillent d'immenses
filets de truites pêchées 20 minutes auparavant. Cuisinées par leur
bourreau tout sourire, elles seront englouties accompagnées d'une originale
salade d'algues au citron, autre spécialité locale ! Ah, que de souvenirs
inoubliables glanés lors de nos visites nocturnes, serrés comme des
sardines (le comble du pêcheur !) devant le petit écran brouillé du
poste de télévision !… Nos regards amusés étaient rivés sur ces téléspectateurs
de l'extrême regardant religieusement défiler des bribes difformes d'images
accompagnées de salves de sons à peine audibles ! Un moment unique et
hors du temps, qui nous servait accessoirement à emmagasiner de la chaleur
pour lutter contre la rigueur des nuits sous la toile et aussi à pousser
notre chansonnette " a l'unisson du monde " avec la guitare d'Alex avant
d'allumer un feu sous les étoiles !

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Prêt à partir à l'assaut
des pentes du géant endormi, Seb s'improvise berger sur une souche perché
… mais où est donc passé le troupeau ?? Derrière lui se dresse majestueusement
au dessus des nuages le volcan à la cime enneigée, semblant sortir comme
par magie du ventre de la Terre.

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Devant vos yeux ébahis,
un beau spécimen de " piedra volcanica ", ou plus communément appelée
roche volcanique ! Cet étrange caillou rouge au relief torturé provient
de la dernière éruption qui déversa des coulées de lave gigantesques
sur les flancs du volcan, suite au plus gros tremblement de terre jamais
enregistré à la surface de notre planète !(au delà de la mythique barre
des 9 degrés sur l'échelle de Richter !) Puis le sang brûlant du volcan
se refroidit progressivement jusqu'à se solidifier complètement et former
d'énormes blocs de roche volcanique. Avec la complicité du temps, ces
derniers se sont fissurés, érodés et décomposés jusqu'à devenir de simples
pierres aux étonnantes propriétés de légèreté et de dureté.

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Sur cette vue, on mesure
l'importance des coulées de lave qui sont venues se jeter dans le lac
en tronçonnant la forêt dense. Quarante ans après la dernière éruption,
l'épais socle noir et compact n'a pas permis la repousse d'espèces végétales,
marquant les lieux d'une plaie béante non refermée.

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C'est en compagnie de
notre hôte Felipe que nous refermons notre premier chapitre chilien,
non sans porter un toast à tout ce qui nous attend pour la prochaine
fois : l'île de Chiloé et sa douceur sauvage, une incursion dans les
terres argentines pour goûter le chocolat de Bariloché et admirer le
fantastique glacier Périto MORENO, ce colosse de séracs bleutés se jetant
dans des lacs en de gigantesques craquements. Salud ! ( Santé en Espagnol
!)

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