Chili/Argentine-
Mercredi 18 Avril 2001
« Patagoninoubliable! »
En arrivant sur les terres de Patagonie,
nous avons trouvé un merveilleux contraste entre la magie bleutée des
immenses séracs se détachant des glaciers et la chaleur des paysages
de plateaux rougeoyants battus par les vents tourbillonnants. La glace
et le feu pourraient également bien illustrer la magie éphémère et changeante
des incroyables ciels patagons, passant l'espace d'une rafale de vent
d'un azur des plus prometteurs à une noirceur digne d'être versifiée
par Baudelaire dans l'un de ses spleens torturés. Bref, nous sommes
entrés de plein pied dans un univers à part où temps et espace sont
complètement remis en cause par la démesure naturelle. ; Mais pour vous
donner le loisir de vous préparer psychologiquement à cette immersion
au bout du monde, nous vous présentons en première partie un reportage
sur la paisible île chilienne de Chiloé, où il fait bon vivre dans les
maisons colorées construites sur pilotis. Enfin, nous n'avons pas oublié
la bonne vieille tradition pascale qui nous permet chaque année de se
payer une bonne crise de foie en famille ! Nous vous proposons donc
une petite halte à San Carlos de Bariloche, une station de ski argentine
dans laquelle des émigrants suisses ont eu la bonne idée d'emmener avec
eux les recettes des meilleurs chocolats helvétiques. C'est aussi cela,
TU2000 : quelques kilos octets de photos dans un monde de brutes ! Bonne
dégustation !

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Un endroit idéal pour jeter l'ancre
ou tout au moins son lourd sac à dos : l'Ile de Chiloé. Située au sud
de la ville de Puerto Montt, elle couvre une superficie de 200 kilomètres
de longueur pour environ 50 de largeur. De tous temps, Chiloé a vécu
en retrait de l'agitation du continent, au rythme des marées et des
300 et quelques jours de pluie annuels qui en font l'un des coins les
plus arrosés du globe. Mais n'allez pas croire que cela suffise à plonger
ses habitants dans une douillette prostration d'huître solitaire, bien
au contraire ! On peut même dire que ce sont eux, les vrais soleils
de l'île, tant leur gentillesse et leur bonhomie singulière vous touchent
dès le premier contact. Un des trésors patrimoniaux de l'île se juche
fièrement sur des bouts de bois : il s'agit des célèbres " Palafitos
", ces maisons sur pilotis aux couleurs bariolées qui tapissent les
baies de quelques bourgades. Dans la petite capitale de l'île nommée
Castro, ses fidèles habitants (sans jeu de mots !) se sont employés
dans les années 60 à la reconstruction totale de la ville après un terrible
raz de marée consécutif au tristement célèbre tremblement de terre,
celui là même qui réveilla le volcan Osorno.

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Nichées le long de criques aux eaux
mystérieuses, les charmantes maisons de l'île éclatent de toutes leurs
couleurs dans l'azur profond de la fin d'été Chilien. La plupart d'entre
elles sont recouvertes de bois d'alerce, ce qui donne aux façades un
étonnant aspect d'écailles poissonneuses !

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Cette flèche qui monte au ciel si
vigoureusement telle une fusée Ariane affrétée par le Vatican est celle
de la plus ancienne des églises de l'île. Construite en 1730, elle possède
l'originalité de n'être composée que de bois, tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur de l'édifice. Il y a un nombre impressionnant d'églises
ou de chapelles érigées sur l'île par les jésuites colonisateurs dans
le but de procéder à une évangélisation massive des habitants. Elles
font aujourd'hui l'attention du plus grand soin dans le cadre de la
protection du patrimoine insulaire et sont même classées au patrimoine
mondial de l'humanité répertorié par l'UNESCO.

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" Ce petit pont de bois qu'on traversait
naguère ..." nous mène non pas à la nostalgie primesautière des chansons
d'Yves Duteil ( !) mais à la forêt enchantée du parc national de Chiloé,
sur la côte ouest de l'île. Créé au début des années 80 afin de protéger
les richesses naturelles du littoral, le parc abrite de nombreuses variétés
de fleurs ainsi qu'une faune des plus intéressantes : loups de mer,
oiseaux (canards, pingouins,...), zorros ( attention : ne pas confondre
les renards chilotes avec l'homme masqué à la signature tranchante !)
lapins, etc. Les arbres aux branches torturées qui se dressent devant
vous semblent défendre l'entrée de la forêt de tépuale qui tire son
nom du tépu, une espèce qui ne pousse que sur les sols détrempés. L'humidité
est telle que la végétation luxuriante qui y pousse rend son accès quasiment
impénétrable pour le promeneur. Si l'on veut bien laisser vagabonder
son âme de grand enfant à la rencontre des légendes locales, elle cacherait
même à l'ombre de ses immenses arbres magiques quelques tribus d'elfes
et de nains malheureusement trop peureux ou timides pour oser se montrer
!

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Dans le parc naturel de l'île, on
découvre tout au long des chemin certaines compositions florales naturelles
dignes de complexer plus d'un fleuriste !

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Sur l'immense plage bordant le littoral
du parc national, on délaisse alors les bouquets colorés pour des dunes
de sable scarifiées par la rudesse éolienne échappée d'un océan au nom
pourtant pacifique. La pointe de rochers qu'on devine tout au loin,
à gauche, est le refuge d'une importante colonie de lions de mer.

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Sous le ciel clément de Cucao délicatement
effleuré par une nébulosité évanescente, la grand-mère et sa petite
fille attendent patiemment l'unique bus qui dessert les petits villages
éparpillés alentours. Un sac contenant la récolte de pommes de terre
du jour trône entre les 2 générations qui séparent la veille dame de
ce tout petit bout de femme juchée sur la falaise escarpée.

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Oui, décidément, tout incite à la
paix sur Chiloé. Et ce n'est certainement pas cette barque sommeillant
sagement sur l'onde pure qui va le démentir !

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Petite promenade dominicale en famille
et à la queue leu leu sur le lac salé du parc national. Pour vous seulement
et en exclusivité mondiale, nous avons retrouvé les cousins exilés du
télégénique Saturnin qui marqua en son temps le petit écran de son empreinte
palmée !

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Chiloé possède également son Fort
Boyard 100% naturel, dominant fièrement une plage mordue rageusement
par l'écume. La pierre de Run porte en fait mal son nom et devrait être
rebaptisée pierre de la fortune. Selon la légende locale, elle serait
en effet percée en son centre d'un immense trou sans fond utilisé par
les derniers occupants espagnols pour dissimuler un fabuleux trésor
de guerre composé de pièces d'or et de pierres précieuses. La mer, un
grand rocher ovale, un trésor…et en guise de passe-partout, une importante
colonie de pingouins de Magellan se reproduisant non loin de là. Avouez
que le parallélisme nous ferait presque prendre un vieux pêcheur barbu
du coin pour le père Fouras en vadrouille!

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Nous voici à Punihuil, au nord de
Chiloé, sur la côte pacifique. Seb se régale des fruits de mer locaux
fraîchement péchés en compagnie de sympathiques pêcheurs qui savent
garder leur bonne humeur malgré une vie des plus rudes. En effet, ils
plongent toute la journée dans les eaux froides de l'océan afin d'extraire
du " grand bleu " les précieux coquillages. Venus admirer les pingouins
qui vivent sur les nombreuses îles avoisinantes, nous ne repartons pas
bredouilles en rencontrant finalement des hommes-grenouilles de bonne
compagnie! A notre grand désespoir nous ne pouvons donc pas vous montrer
de désopilants portraits de pingouins se dandinant nonchalamment mais
non sans une certaine élégance, pour la simple et bonne raison qu'ils
sont partis quelques jours seulement auparavant rejoindre les banquises
de l'antarctique :il s'en est vraiment fallu d'un chouia !!!

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La ville argentine de San Carlos
de Bariloche se révèle être une très bonne destination pour Pâques.
En plus d'être une station de montagne renommée pour la couleur des
eaux de son lac et les célébrités dévalant chaque hiver ses pentes enneigées,
c'est aussi une cité abritant plusieurs artisans chocolatiers d'origine
suisse présentant leur production dans de véritables palais dédiés à
la gourmandise sans frontières !

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Une rencontre des plus inattendues
dans une rue de Bariloche, nez à truffe avec un beau spécimen de St
Bernard surpris en pleine séance d'intense récupération post-éthylique!
Question : que vient faire cet animal familier de nos montagnes sous
ces latitudes ? a) Il a traversé l'Atlantique à la nage en se laissant
flotter à l'aide de son tonneau en bois afin d'échapper à des maîtres
despotiques. b) Après un casting où il a su imposer sa patte, il a finalement
été retenu pour tourner la suite des aventures de " Beethoven au pays
du Tango ". c) Plus qu'un chien de compagnie, il vaut de l'or pour son
maître qui l'élève uniquement dans le but de le faire poser auprès des
touristes en échange bien sûr d'une rétribution financière. Devenus
les véritables mascottes de la ville, ils sont en effet nombreux à voir
leurs petits yeux remplis de mélancolie immortalisés sur les pellicules
des badauds de passage, tous sourires à leurs côtés.

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JB a testé tout spécialement pour
vous (et aussi un peu c'est vrai pour notre porte-feuille !) une alternative
au classique voyage en bus, plus sympa et palpitante : l'auto-stop :à
la rencontre des automobilistes argentins ! Affichant fièrement et avec
ostentation notre destination au bord de l'unique route qui mène à la
mythique Patagonie, il attend tout sourire " l'élu " qui aura la chance
d'accueillir à ses côtés la fine équipe de Trait d'Union 2000, tandis
que les premiers rayons du soleil percent à l'horizon. Quelques 5 heures
plus tard et plusieurs bonnes centaines de voitures passées par là sans
jamais ralentir, nous nous déciderons finalement tous penauds à prendre
sagement le bus bondé. Il y a comme cela des jours où l'on aimerait
bien l'espace d'un instant troquer ses défroques de routard poussiéreux
aux moufles d'alpaga contre une apparence de blonde sulfureuse mini-jupée
au regard suppliant !

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Bienvenue au pays du surnaturel et
du chaos frissonnant, dans lequel des pans entiers de glace bleue de
80 mètres de haut s'effondrent avec un fracas inimaginable dans des
eaux grises et laiteuses parsemées d'icebergs . Un peu moins lyriquement,
on peut comparer cela à un Bailey's on the rocks ! Le Perito Moreno,
situé dans la cordillère des Andes argentines à 80 kilomètres d'El Calafate,
épuise à lui seul toutes les interjections d'étonnements et les superlatifs
connus. Il faut dire qu'il en impose, ce glacier à la superficie de
195 km2 (l'équivalent de la superficie de la mégalopole de Buenos Aires
!) qui continue à avancer jusqu'à deux mètres par jour. C'est d'ailleurs
un des seuls au monde encore en croissance, réchauffement climatique
oblige. A ses pieds, les bosquets de conifères à la taille pourtant
fort respectable constituent un repère visuel pour se rendre compte
de la taille du monstre.

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Soudain, un craquement suspect retentit,
suivi d'un grondement sourd qui se prolonge pendant plusieurs dizaines
de secondes. A peine le temps de sortir l'appareil de sa besace pour
saisir en direct une énorme chute de séracs. Trois secondes plus tard,
la moitié du premier plan sera engloutie dans les flots, certains blocs
énormes étant même projetés sur la terre ferme à plusieurs dizaines
de mètres de là ! De nombreux panneaux jalonnent d'ailleurs le site,
rappelant noir sur blanc à d'éventuels téméraires le nombre de morts
frappés par la glace recensés ces dernières années.

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JB s'étant choisi un promontoire
avancé pour dominer l'ensemble du panorama, il a tout loisir d'admirer
les cinq kilomètres de côtes effilées comme des couteaux qui l'encerclent.
La faible luminosité de ce jour de pluie permet de souligner encore
davantage les reflets bleutés et lumineux des séracs. Une des autres
merveilles de la nature engendrée par le Périto Moreno, c'est le bouchon
que les glaces provoquent en moyenne tous les quatre ans, retenant le
cours de la rivière Brazo Rico qui coule à ses pieds. Lorsque la pression
de l'eau exercée sur ce barrage éphémère est trop forte, il se brise
en un formidable fracas audible jusqu'à El Calafate, à 80 kilomètres
de là, sous les caméras des chaînes de télés du monde entier. Mais voici
que depuis une dizaine d'années, le phénomène ne s'est pas reproduit
ce qui semble augurer d'un ralentissement de l'activité glaciaire. Affaire
à suivre, donc.

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Lorsque la féerie des frêles cimes
d'un sous bois automnal se marie avec le mystère inquiétant des glaces
éternelles, il suffit d'ajouter un zeste d'orange sanguine pour obtenir
un cocktail photogénique appétissant !

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Une petite photo signature pour témoigner
combien TU2000 est heureux d'avoir laissé modestement son empreinte
dans ces endroits de légende, au coeur de la Patagonie. Mais que les
amoureux de grands espaces se rassurent, nous n'allons pas nous arrêter
en si bon chemin dans notre quête du bout du monde et vous proposerons
très prochainement de partager en notre compagnie un trek dans l'un
des plus beaux décors qui soient : celui du parc national Torres del
Paine et de ses chemins défoncés par les éléments. Préparez donc tomme,
saucisson et duvets chauds pour les jours qui viennent et d'ici là,
joyeuses pâques à tous!

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